Quel projet de societe nous faut-il au Tchad compte tenu de notre Histoire, de nos diversites et
de nos realites sociales?
Le genre de société actuel au Tchad est semblable à une carapace de tortue. C'est une mosaïque
d'ethnies qui se frottent sans se mélanger. La question posée est tchadienne et la réponse doit être tchadienne !
Pour une société morcelée jusqu'à son âme, la réponse à cette question ne viendra que d'elle-même. Le Tchad
actuel vit avec un plan de société où les ethnies sont des entités qui prétendent se suffire. Les groupes ethniques
sont soit "amis" soit "ennemis" ; rien d'autre ! Voilà une réalité de notre pays. Notre pays est
devenu une cour de bataille où les ethnies se détruisent à tour de rôle et un champ d'expérimentation des armes des
autres pays. Le mal qui gangrène actuellement notre pays c'est l'appréciation de ce que l'on fait de l'unité
"ETHNIE" dans un ensemble d'entités naturelles sur 1.284.000 Km² "unique" et
"indivisible".
Nous avons sombré dans cette réalité parce que l'énoncé de notre histoire a été mal ébauché et notre histoire
elle-même a été précipitée par un entêtement qui visait à instaurer une prétendue authenticité des valeurs
culturelles africaines dans une société diverse dans sa culture. Les initiateurs de ce bled savaient que le Tchad a
plus de deux cents ethnies dont les valeurs culturelles sont soit opposées à certains points, soit confondues. C'est
là le mauvais "décollage" social du Tchad. Résultat : guerre civile que l'extérieur a "nordisé"
et "suddisé" pour mieux déstabiliser le pays. A partir de cette période, les ethnies qui ont été
frustrées ont voulu se protéger en exerçant des rapports de forces et en se rebellant pour, d'abord, assurer leur
sécurité culturelle, ensuite se faire une base économique en s'arrogeant le monopole dans l'armée, l'habitat,
l'administration et les affaires.
Les administrations qui se sont succédées sont parties du principe cité ci haut pour se "sécuriser" en
s'exposant à la haine des autres ethnies. Finalement l'on n'est pas au pouvoir pour la nation mais pour offrir une aise
à son ethnie ! Voilà une autre réalité de notre pays. Cette roue tournera encore pendant des décennies sauf,
Si tout tchadien qui aspire à une paix durable gagne une bataille contre lui-même en passant au crible les valeurs de
son essence qui le mettrait en conflit avec certains de ses concitoyens. Nous devons aller au delà de nos
considérations négatives qui entravent une communication constructive sans réserve envers l'autre moi et surtout
balayer d'un revers de main le souvenir douloureux de notre histoire. Nous ne suggérons pas qu'il nous faut un système
qui partira à zéro mais plutôt d'un système qui prenne en compte le passé pour évoluer positivement politiquement,
économiquement et avec une bonne politique de cohésion sociale. Pour cela, il faut un homme intègre qui ne gouvernera
pas avec et pour son ethnie mais avec et pour la nation tchadienne.
Le Tchad a besoin des dirigeants qui se lancent le défi de faire ou d'avoir mieux fait que l'autre en tolérant
l'opposition et qui ne cautionne point les crimes de leurs ethnies ou leurs propres crimes. Il faut un dirigeant qui
rappelle enfin l'amour mutuel, qui nous fera oublier les séquelles des guerres civiles.
Un projet de société viable pour le Tchad se basera sur une liberté plurielle ; une liberté où l'on ne choisit pas
un présidentiable parce qu'il est Musulman, Chrétien ou Animiste comme soi-même ou de la même région; une liberté
où l'on dit ce que l'on croit et pense sans en être inquiété et traqué de nuit ; une liberté où l'on peut
exprimer son idéologie politique et la suggérer à son peuple ; une liberté où l'on n'acceptera pas de vendre ses
voix électorales conte une voiture ; une liberté où l'on se sentira dans un domaine familial de 1 284 000 Km² où
tout le monde est frère.
Le comble de malheur c'est que l'opposition mène actuellement une vie précaire. Elle est qualifiée avec aberrance de
destabilisatrice et perturbatrice de l'ordre public. Ceci se passe sous le nez des ADH qui se réserve d'en parler car
elles sont aussi muselées et traquées à mort (cas joseph Behidi). Les régimes doivent admettre que l'opposition est
nécessaire pour construire une démocratie crédible. Malheureusement, une partie de l'opposition elle-même n'est pas
crédible, traître, fébrile et corrompue. "Une opposition de poche" qui accompagne la parade de la misère.
La plaie tchadienne s'infecte davantage avec les trois problèmes que nous pose l'armée. 1) Notre armée est
combattante, analphabète et au solde d'un individu. Elle protège les intérêts d'une ethnie et non d'une nation. 2)
Les corps d'armée ne connaissent pas ou abuses de leurs missions respectives et terrorisent la population, ils sont
corrompus et se mêlent des opinions politiques et des associatives. 3) Les rôles dans l'armée sont inversés : les
combattants commandent les professionnels car ils s'étaient battu pour le pouvoir et pour se faire de l'argent!!!!
Toute cette situation rend le processus de stabilisation inextricable de telle sorte qu'en voulant atteindre le parfait
à la hâte, nous risquerons de sombrer dans le pire. L'exemple de l'armée porte à croire que sa re-structuration
consistera à renvoyer tous ceux qui ne répondent pas au critère de corps d'armée. Cette option sera une erreur très
grave. Il faut que l'armée soit éduquée pour servir au développement. Il faut que l'armée retrouve sont vrai sens
de sécurisation des limites de l'Etat Tchadien et contribue au développement et aux activités de sauvetage des
populations en détresse pendant les catastrophes naturelles.
Les crises actuelles sont nées des crises au sein de l'armée et de la population civile; cela signifie que la
majorité de la population vie dans un état de frustration et veut un changement. Mais avant de vouloir un changement
nous devons penser à un système où ce que nous rejetons aujourd'hui ne se répète pas demain. L'on ne doit pas
penser que c'est à nous de racler maintenant les richesses du pays mais l'on doit dire qu'enfin les tchadiens
retrouveront leur sérénité.
En bref, il nous faut une société où le régime n'est ni Zaghawa, ni Mbay, Ni Hadjerraï, Ni Nantchere,… ; une
société unifiée et diverse dans ses richesses culturelles et qui exploite les valeurs positives des différentes
ethnies pour se construire. Les tchadiens doivent choisir leurs dirigeants parce que ceux-ci sont de bonne moralité et
peuvent se vouer à la cause nationale. Nous ne devons pas élire les discours mais les hommes de parole.
Il nous faut un homme qui se démarque grâce à ses propres valeurs morales pour la cause de la nation.
En conclusion, le Tchad souffre de ces maux parce que tous nos dirigeants son tenaillés par l'extérieur sur deux
points :
1- la métropole qui promet un soutien inconditionnel en contrepartie d'un monopole dans les affaires ou une présence
militaire permanente pour prolonger la colonisation.
2- Ceux qui ont fourni des armes les harcèlent pour avoir des concessions au détriment des investisseurs nationaux.
Ces points doivent être révisés si nous voulons une paix durable au Tchad. L'extérieur nous a divisé pour arracher
nos richesses.
Nous avons le devoir de construire ce pays.
Par Katir Moursal
Administrateur des Finances et Ressources Humaines
N'Djamena