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Interview exclusive de M. Haroun Zorrino, Chef de fil et coordinateur Général du MOSANAT accorde a Alwihda
Trempé en politique dès son âge tendre (14 ans) et impliqué dans les mouvements insurrectionnels estudiantins de 1979, M.Haroun Zorrino est donc originaire de la région du Guéra au centre du Tchad. Actuellement, il fait partie de cadres le plus actif sur le plan politique.

En outre, il a été un des compagnons de lutte de l’ancien ministre des affaires étrangères du Tchad, le défunt Idriss Miskine et du feu Maldom Bada Abbas, vice-président du Mouvement Patriotique du Salut(MPS) et deuxième personnalité venue au pouvoir avec Idriss Deby le 1er décembre en 1990.

En exil dans un pays d’Europe à partir d’où il coordonne les actions politiques et militaires de son mouvement, il est en opposition ouverte contre le régime d’Idriss Deby depuis le 13 octobre 1993.

M. Zorrino est à la fois un Homme d’ombre et visible qui turbine pour apporter sa contribution personnelle aux organisations politico-militaires tchadiennes opposées au pouvoir central de Ndjaména.

Titulaire d’abord d’une Maîtrise en gestion de projet, d’un Master en gestion des ressources humaines, il possède en outre un Master en humanitaire et un Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisée (DESS) en écologie Humaine et Développement durable.

Gestionnaire dans plusieurs organismes internationaux au Tchad et à l’étranger à l’instar de la Fédération Internationale de la Croix-Rougé, USAID et GTZ, il a dû abandonner ses postes de Travail à cause des pressions exercées sur lui par la police politique du régime qu’est l’Agence Nationale pour la Sécurité (ANS) pour s’exiler puis s’opposer durablement au pouvoir d’Idriss Deby dont il combat pour l’instauration d’une justice et au nom de la Démocratie.

Par modestie, il refuse d’admettre le titre de chef de fil de l’organisation qu’il dirige avec ses autres compagnons de lutte. Mais, il faut reconnaître que M.Zorrino est aujourd’hui le Coordinateur Général du Mouvement pour le Salut National du Tchad(MOSANAT), groupe politico-militaire historique fondé par Maldom Bada Abbas et plusieurs dignitaires politiques de la région du Guéra et autres leaders Tchadiens.

Enclavés et emmurés, les combattants du MOSANAT ont réussi à quitter le Guéra grâce à sa stratégie et sa technicité pour regagner l’est du Tchad, accueillis par le RFC des frères Erdimi à qui il exprime toute sa reconnaissance.

Depuis, il est mis sur orbite, ses activités politiques et militaires s’intensifient.
Dans l’interview qu’il nous accorde, M.Zorrino revient sur son parcours, celui du mouvement, sa vision globale du paysage politique tchadien dans cette crise actuelle, sa lecture sur la politique française au Tchad et la crise du Darfour.
Il exprime aussi son opposition comme position de son mouvement au déploiement des forces européennes (Eurofor) au Tchad.

Pour lui, le changement politique du régime en place ne peut venir absolument que de la marche vers Ndjaména de ses troupes et des autres forces en lutte unifiées.
Sa proposition de sortie de crise, dépend selon lui, de la mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale et de Transition dirigé par une personnalité choisie à l’unanimité par la classe politique tchadienne.

Il lance un appel pressant à tout les Tchadiens qui aspirent à la dignité, à la concorde nationale et à la démocratie de rejoindre massivement les rangs de ses combattants pour un changement total dans le pays.

Interview


- Alwihda: Bonjour M. Haroun Zorrinno ! Auriez-vous l’amabilité de vous présenter à notre lectorat ?
Au Tchad, vous êtes très bien connu pour avoir occupé de fonctions au sein des organismes internationaux. Dites-nous qu’est-ce qui a motivé votre départ du pays si nous savions que vous gagniez honorablement votre vie ?

- M.Haroun Zorrino :
Merci Monsieur NGUEBLA de m’avoir donné l’occasion par cette interview de m’exprimer au nom du mouvement le MOSANAT que je représente. Mais avant de me présenter moi-même, j’aimerais inverser les réponses à vos questions et préciser que les propos que je tiendrai à la suite de notre entretien ne relèveraient que de ma personne et n’engage aucunement mon Mouvement.
A). Je suis donc fièr de dire que je suis parti du Tchad pour plusieurs raisons :
1°. Mon opposition catégorique au régime politique en place après « notre » reddition à partir de Melfi en 1993 par rapport aux événements du 13 Octobre 1991. Après la Conférence Nationale Souveraine(CNS), on a fait rentrer dans les rangs mes compagnons de lutte entre autres Kaffine, Garboubou etc .Et j’ai été écarté puis harcelé par des agents de l’Agence Nationale pour la Sécurité(ANS)
2°. Ma recherche effrénée de croire pouvoir trouver des voies et moyens à partir de l’étranger, les possibilités pour mener à bien une lutte politico-militaire ;
3°. Mon appartenance à la famille des « cailloux » intègres, irréductibles et têtus. Cela m’a valu aujourd’hui, des années d’exil forcé.
4°. Mon obstination à croire et vouloir qu’une démocratie puisse aussi être imposée par une lutte farouchement adverse à celle imposée par des personnalités au pouvoir et qui s’imposent en utilisant les moyens de l’Etat.
B). Mon parcours personnel n’est pas très florissant vue que je fais à la fois la politique en deuxième zone par rapport à ma profession dans les ONGs. Mon travail à la Fédération de la Croix Rouge ; à l’USAID ; à ACRA ; à GTZ ne me permettait pas de faire de la politique. Néanmoins, j’y étais trempé depuis l’âge de 14 ans avec le défunt Idriss Miskine puis, Maldom Badda Abbas. J’étais toujours présent à tous les coups. Mes premiers tests ont commencé avec la distribution des tracts et la perturbation du lycée Félix Eboué le 12 Février 1979. Depuis lors, j’ai vécu dans la tourmente dudit « changement ». Je participe financièrement, à des conceptions, l’organisation et le retrait des troupes en compagnie de certaines personnes très efficaces. C’est une affaire qui me passionne.

Le retrait et les batailles de Melfi me restent un souvenir enrichissant ; le retour inopiné de Mahamat Garfa et les troupes qui l’ont accompagné ; le groupe des hadjaraï au sein du FUC et la reddition de Mahamt Nour, la longue marche de Karim Borry Issa vers l’Est sont autant d’exemples qui me restent gravés en mémoire. J’ai donc dû me cacher en arrière plan toute ma vie en vivant des expériences enrichissantes. Nombre des tchadiens allant des marchands d’âmes en passant par des politicards enragés ont défilé devant mes yeux sans savoir que je les ai observés et connus.
A Genève où je réside en ce moment, j’ai travaillé avec d’autres organisations tels l’Hospice Général ou Genève Tiers-Monde. Mais mon parcours universitaire m’a permis d’obtenir quelques diplômes.
- Un MASTER en humanitaire
- Un DESS en écologie Humaine et le Développement Durable ;
- Un MASTER en ressources humaines ;
- Une Maîtrise en gestion des projets.
Cela dit, j’ai quitté mon poste de gestionnaire à la GTZ pour tracasserie policière et des agents de l’ANS.
Imaginez-vous, combiner une vie de famille – je suis marié et j’ai six enfants – le travail et la politique. Chaque fin de mois, je débourse pour les frais de téléphone, une somme allant de mille à mille cinq cent francs suisse. J’ai même reçu le prix du meilleur client de Swisscom, l’opérateur de la téléphonie.

- Alwihda: Aujourd’hui, vous êtes l’animateur et coordinateur Général du MOSANAT. Pouvez-vous revenir sur le parcours historique de ce grand mouvement armé et nous dire qui est à la tête ?

- M.Haroun Zorrino :

Le MOSANAT (Mouvement de Salut National du Tchad) dont le défunt Maldom Bada ABBAS fut le président fondateur est le premier mouvement d’opposition armée qui s’est opposé ouvertement contre la dictature de Hissène HABRE. C’était une organisation qui a voulu attirer l’attention de l’opinion nationale sur l’éventualité d’une dictature sanglante et la montée en puissance d’un clan. Hélas ! N’ayant pas de moyens et ayant été combattu de toute part, le MOSANAT s’est vu vite enrôlé dans le Mouvement du 13 Avril de Idriss DEBY pour devenir le MPS et perdre toute crédibilité.

Ceci étant, nous nous sommes cachés des années durant au sein de la famille MPS sans faire de mal aux tchadiens, histoire de fidélité et de naïveté comme nous accusent tous les tchadiens. Mais notre comportement paie toujours ; nous avons l’art de combattre l’injustice sociale mais nous n’en sommes pas les concepteurs.

J’aimerais vous affirmer avec beaucoup d’enthousiasme que notre grand Mouvement historique qu’est le MOSANAT se veut aujourd’hui démocratique et fonctionne présentement de façon démocratique. Je suis bien entendu le premier responsable de ce mouvement, celui qui l’anime mais il est géré par plusieurs personnes.

Rappelez-vous que tous nos représentants qui ont un portefeuille ont le rang du coordinateur (aux relations extérieures, à la défense etc…). Nos décisions sont toujours prises en collégialités à la majorité et avec beaucoup de concertation. Certains d’entre nous qui n’ont pas le moyen de se mettre en contact direct sont informés des prises de décisions aussitôt après des concertations. En ce qui me concerne à l’instant même, je suis gêné par le fait de répondre sur le moment à vos questions sans tenir compte de l’avis de la Coordination et sans avoir eu le temps de soumettre l’idée à mes frères. Mais j’espère que dans mon intervention, j’aurais répondu à toutes leurs attentes.

1)- Nous sommes tous une équipe des adultes et n’avons nullement besoin de paraître dirigés par une personne à qui on ne peut donner l’expression de nos idées, si passionnée soit-elle parfois, ne reflétant que le degré de nos attentes et de chacun dans l’action que nous menions ensemble pour notre pays.

2)- Notre Mouvement – je ne le répèterais pas assez - se veut démocratique. Cela veut dire que nous devons voir dans les idées de nos camarades, même ouvertement opposées aux nôtres, l’occasion de clarifier des choses, de nous ajuster les uns par rapport aux autres et de faire avancer la cause qui nous est commune. Nous faisons en sorte de ne jamais voir dans les idées de nos camarades une quelconque menace. Nous essayons de nous imposer ces règles avec d’autant plus d’acuité que l’on sent occuper une position élevée dans l’organisation. C’est génial : nous nous engueulons souvent. Chacun d’entre nous se sent doté de tant d’énergie qu’il met au service de la lutte.


- Alwihda:
Tout le monde est convaincu des atouts que dispose le MOSANAT qui est l’une des organisations politico-militaires censée relever les défis du changement au Tchad. Qu’est-ce qui fait que vous n’émergez pas depuis longtemps ? Est-ce que c’est une question de leadership ?

- M.Haroun Zorrino :

Non ! Notre mouvement regorge des cadres de haut niveau, aspirant à de hautes responsabilités dans notre cher pays. Cela impose des règles minimales de comportement. Parmi celles-ci, il y a l’obligation de quitter le poste à responsabilité, le bien-être familial, économique et politique. De plus, une organisation armée ne peut se financer par une poche individuelle sauf si on a pillé l’Etat ou détourné des fonds publics. Par son intégrité et son éducation de base, le hadjaraï ne peut pas se permettre une prostitution politique qui plaiderait en faveur d’un quelconque donateur. Alors, longtemps modestes, nous avons voulu nous assurer que les tchadiens aussi ont leurs mots à dire par rapport à cette situation. On nous a toujours traités de va t’en guerre qui luttent pour les autres. Nous nous sommes donné beaucoup de temps pour montrer aux autres tchadiens qu’ils ont aussi leur part de responsabilité.
Pour traduire fidèlement votre pensée, le MOSANAT n’a pas émergé très tôt à cause de ses attaches dans la famille MPS et pour son engagement avec ce parti (MPS) ; sa fidélité par rapport à nos anciens alliés du MPS ; l’hésitation de devoir recommencer l’éternel cycle de violence pour ramener un énième néo-dictateur pour opprimer le peuple tchadien. Nous nous sommes employés à traduire fidèlement cette pensée et étions depuis des nombreuses années susceptibles d’interprétations fâcheuses.
Notre entrée dans la danse aujourd’hui suggère en même temps que le MOSANAT proclame son désaccord absolu avec ce que font actuellement au pouvoir nos alliés d’hier. Cette démarcation nous a paru essentielle pour aller vers les autres tchadiens afin de lutter ensemble contre la dictature. Malgré la pertinence des arguments avancés par les uns et les autres et compte tenu de l’urgence de la situation d’insécurité dans notre pays, le MOSANAT a cherché à prouver :
- Le refus de DEBY à chercher de solutions pacifiques à la crise tchadienne.
- Son engagement à vouloir rester président à vie et à l’évidence de se faire remplacé par son fils.
- Le retour inopiné de Hisseine HABRE dans le système du gouvernement.

- Alwihda: Les ressortissants du Guéra, fer de lance de tous les régimes, ont porté Idriss Deby au pouvoir en 1990. Le 13 octobre 1991, il les accuse de complot de coup d’état visant à écarter son Vice- Président, le défunt Maldom Bada Abbas. Dites-nous que s’est-il passé au juste ce jour ?

- M. Haroun Zorrino:

C’est une histoire scabreuse et indigne. Je n’ai pas envie de m’y étaler car en deux mots je ne peux la relater. Je l’ai transcrite point par point et date par date lors de notre fuite vers Melfi. Je l’ai consignée dans un document que je publierai un jour. Mais l’affaire est due simplement au fait que nous avions voulu nous démarquer du MPS en 1991 pour créer la Convention des Sociaux Démocrates Tchadiens (CSDT)

Notre opposition constituait un danger potentiel à Idriss DEBY qui pressentait Maldom comme un adversaire de taille devant réellement imposer un équilibre démocratique dans le pays. Lors de notre premier congrès de la CSDT chez moi où Younous Ibedou devait se faire élire comme président, certains vendeurs d’âmes bien connus de notre milieu se sont glissés dans la masse de « cailloux » et sont allés interpréter le fonds de nos pensées à DEBY en lui apportant comme preuve écrite, notre mémorandum soumis en lecture sur place en 9 exemplaires. A la fin du congrès, un exemplaire nous en a manqué et on n’arrivait pas à fouiller dans les poches de nos grand-frères. C’était le 11 Août 1991. La réponse de DEBY ne se fut pas attendre à cette époque-là ; des démissions et tracasseries politiques à l’égard de Maldom, des provocations etc.. Certains de nos frères ont vu simplement un soir leurs armes et leurs hommes de troupe les leur faire retirer. Mais croyez-moi, Maldom était quelqu’un de très sympathique et cherchait à éviter des affrontements et la division au sein de l’équipe MPS malgré les provocations. Il gérait avec beaucoup d’humilité à la fois les coups de colère de DEBY et nos violences verbales, nous ses propres frères qui cherchions absolument à en découdre.
Voilà donc le début de l’histoire. Mais un véritable coup d’Etat, il n’y en a jamais eu ; sauf que nous les super-actifs répondions aux provocations des zakhawa par des provocations au vu et au su de Maldom.

- Alwihda : Depuis votre départ du pays, vous êtes actif sur le plan politique et militaire. Comment avez-vous fait pour évacuer intégralement les combattants du MOSANAT du Guéra vers l’est du Tchad ?

- M.Haroun Zorrino :

J’aimerais vous dire que ce n’est pas moi en tant qu’individu qui ai décidé le retrait des troupes du centre du pays. C’est d’abord une option militaire, cela a été conçu par l’équipe dirigeante et l’état major de l’armée sur place. Nous sommes restés marginalisés depuis des années en voulant ne dépendre d’aucun donateur pour organiser nos troupes et combattre le gouvernement à partir de l’intérieur. Ce n’est pas chose aisée lorsque chaque jour, les villageois qui nous ravitaillent en nourriture se voient subir des exactions, se faire violer et violenter.

On ne peut pas non plus pendant des années, résister à la tentation de se faire enquiquiner par des apprentis politiciens tels Moussa KADAM, Nadjo ABDELKERIM et autres qui n’arrêtent jamais d’utiliser les moyens de l’Etat pour casser nos équipes. Ils se sont spécialisés dans l’art de ramener le hadjaraï rebelles dans le rang pour se tailler une position politique. Face au mépris affiché par ce régime clanique contre la démocratie, les droits de l’homme et le dialogue social qui se traduit par la perpétuation de l’instabilité et l’impossibilité de tout processus de développement économique qui en découle, nous avions voulu cette fois marquer notre solidarité par rapport aux autres mouvements sur place à l’Est par un déplacement massif à pied et à dos d’âne.


- Alwihda :
Justement, dans votre communiqué de presse du 09 octobre dernier, vous avez démenti les allégations du gouvernement tchadien annonçant avoir anéanti vos forces. Peut-on savoir où se trouvent les combattants du MOSANAT actuellement ?

- M.Haroun Zorrino :

Nos combattants se trouvent présentement dans le camp des frères jumeaux à l’est du pays. Ils ont à leur tête Karim Borry ont marché durant toute la saison des pluies, utilisant les détours et les contournements des villages. Ils ont donc du braver les intempéries en quittant nos montagnes pour arriver à la frontière. Et par solidarité, les éléments de RFC sont venus leur donner un coup de main en les transportant sur des véhicules. Ceci dit, les frères jumeaux dans nos contacts nous ont affirmé que notre lutte est commune. Ils ont même cherché à nous le prouver non seulement en mettant au service de nos hommes, leurs moyens logistiques en cherchant à des kilomètre nos combattants, mais à leur donner assistance dans la fourniture des besoins de première nécessité. Nous leur sommes très très reconnaissants et seule l’histoire de la lutte les récompensera. C’est un acte combien patriotique qu’ils ont mené à notre égard sans rien nous demander en retour. Ils ont montré aux autres qu’ils sont venus vers nous en tant que force politico-militaire tchadienne mais pas en tant que zakhawa. En mon nom propre, au nom du Comité de la Coordination et au nom du MOSANAT tout entier, je les remercie infiniment.


- Alwihda:
Nous avons entendu les rumeurs faisant état d’une fusion entre le MOSANAT et le RFC de M.Timane Erdimi. Confirmez-vous ces informations ?

- M.Haroun Zorrino :

Bien sûr que non ; c’est peut être une confusion. J’aimerais souligner une chose importante dans le fondement d’une lutte armée, la solidarité. Les frères jumeaux Tom et Timan ERDIMI qui sont au sein de la famille insurrectionnelle très solidaires et déterminés, nous ont donné un coup de main lors de notre retraite à partir de nos cailloux.

Nous leur reconnaissons le mérite de la solidarité et nous en sommes très reconnaissants. Mais ce n’est pas une raison de spéculer sur l’éventualité d’une quelconque fusion. Une fusion nécessite obligatoirement des concertations, des discussions et des contacts sérieux. J’espère que nous nous retrouverons un de ces jours autour d’une natte pour en discuter. Je vous jure que jusqu’à nos jours, aucun des deux jumeaux n’est entré en contact avec moi pour exiger des négociations. Je vous confirme qu’ils n’attendent rien en retour et nous ont rien exigé du tout. Ils l’ont fait délibérément.

De toutes les façons, notre déplacement vers les autres organisations politico-militaires est un message clair et une volonté affichée d’apporter la conviction que le regroupement des nos différentes factions est l’unique et la seule alternative pour gagner la lutte que nous menions contre la dictature.

- Alwihda:
Pour le moment, pensez-vous à une politique d’ouverture du MOSANAT avec d’autres formations politico-militaires actives sur le terrain et ayant des représentations à l’extérieur ?

- M.Haroun Zorrino :

Bien sûr que oui ! Nous avons pris des contacts sérieux avec des représentants de certaines tendances. Vous n’êtes sans savoir que nous avions même signé des alliances avec le MPRD de DASSER. Nous travaillons ensemble. D’autres encore nous emmènent à des concertations. J’ai été personnellement sur le terrain et j’ai eu des discussions sérieuses avec la plupart des gens qui s’agitent depuis quatre ans dans les maquis. J’ai vécu une dizaine de jours avec Mahamat Nour lorsqu’il était sur le terrain en juillet 2006.
J’ai organisé une dizaine de réunions avec Aldjinedi, avec Albissaty et d’autres encore. Mais nos maux sont ailleurs, le problème de la résistance ne réside pas sur l’ouverture par rapport à un autre mouvement. L’opportunisme politique a gagné le cœur des certains tchadiens mal intentionnés ; beaucoup parmi eux sont trempés de près ou de loin dans le gouvernement et mettant les moyens qu’ils ont accumulés au service de certains hommes, ils sèment la zizanie pour tenter de récupérer la première place.

Chacun des chefs des groupes armés oublie que l’une des seules choses qui a motivé leur départ du pays, c’est le manque de la transparence dans la gestion du pays. C’est donc la démocratie et l’objectif premier devait être la démocratie.
Dans les principes, chacun d’entre les opposants devait se dire que le pouvoir que nous avons le devoir de vouloir installer est transitoire. Mais chacun se veut dictateur avant d’arriver à s’installer à la tête du pays encore moins à la tête de toute l’opposition politico-militaire réunie. Nous avons le devoir de nous réunir pour en discuter !

- Alwihda: Depuis onze (11) ans, vous êtes en exil et dans l’opposition contre le régime d’Idriss Deby. Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle qui prévaut au Tchad ?

- M.Haroun Zorrino :
Aucun changement n’interviendra tant que Deby est au pouvoir.
Et puis, les hommes politiques, j’en ai vus défiler. Je n’ai pas envie de me prononcer à ce sujet. C’est une question qui fait honte au pays. Je tiens de réunions à Kousserie, à Wazza et à Maroua chaque année avec certaines personnes qui changent de veste quand ils ont de difficultés financières. C’est dommage !

- Alwihda : La politique française au Tchad, pose problème à la fois à l’opposition démocratique, aux politico-militaires tchadiens et aux organisations de la société civile. Quel est votre message aux autorités nouvelles françaises sur leur politique tchadienne ?

- M.Haroun Zorrino :

Le problème de la politique française au Tchad est sérieux et seul le peuple tchadien doit décider un jour de situer ses responsabilités par rapport à cette situation. Alors quand la France, et ses Français se gargarisent des mots bon marché de liberté, de fraternité et d’égalité ainsi que de patrie des droits de l’homme, les tchadiens se doivent de les prier pour vivre en paix. Beaucoup de Tchadiens sans tenir compte de nos grands-parents enrôlés de force dans l’armée de LECLERC, ont été des victimes de la méchanceté criminelle, d’un pays épris de justice sans avoir eu le temps de dire leur refus à un enrôlement forcé.

Sans honneur pour leur pays, nous leur demandons de se regarder en face et d’avoir le maximum de retenue pour une colonie qui a donné les premiers tirailleurs pour défendre la couleur française. Jamais de mémoire d’homme, on a vu un pays qui accepte de façon aussi pertinente et triomphaliste la responsabilité d’un désastre aussi important que des tueries contre des rebelles d’un autre pays.

La France continue d’étaler sa médiocrité, sa suffisance et surtout son arrogance chaque fois qu’elle est devant les tchadiens.
Mais de mémoire, il faut rappeler que quand l’armée française s’était liquéfiée devant la puissance de feu et les frappes des troupes de HITLER, c’est vers le Tchad où elle a trouvé les premiers soutiens. Nos villages loin du front, ont donné à la France leurs hommes les plus valeureux alors que le gouvernement français de Vichy prônait la collaboration avec les nazis.

Il est possible que les français, ont honte de cette partie de leur propre histoire, mais c’est un problème qu’ils peuvent aujourd’hui régler en adoptant une attitude morale vis à vis du Tchad et non pas en s’illustrant dans l’étalage d’une arrogance contre productive qui n’impressionne plus personne. Des légionnaires n’avaient-ils pas sautés sur Mongo pour libérer un dictateur en perdition ???

Notre conception des rapports franco-tchadiens a évolué et nous n’aimerions pas que les relations durables qui se sont installées entre nous s’atténuent et cèdent la place aux mépris des Français. Notre pays a subi beaucoup d’humiliation. Et le peuple continue à payer.
On espérait, malgré tout, que l’amitié fraternelle qui était à la base de nos rapports l’emporterait sur les effets d’emprise des structures, sur l’instinct de puissance et les tentations de l’ex-colonisateur à imposer ses lois et ses volontés comme normes de coopération.

Par la découverte du réalisme politique fondé sur une analyse objective des rapports internationaux, nous revendiquons notre deuxième indépendance. Les combats que nous menons contre le néo-dictateur de NDjamena n’engagent pas la France.
C’est dans un combat pour son épanouissement national qu’un peuple peut trouver son développement ou, retrouver la libre disposition de lui-même. On peut alors s’organiser de manière à bâtir une économie, une nation au service de notre peuple. « Car en définitif, nous considérons d’une manière générale que la souveraineté d’un pays ne doit s’accommoder d’aucune allégeance quelle qu’elle soit, et que la coexistence des Etats a besoin, pour être durable et profitable à tous, doit être établie sur le respect et la considération réciproque et non sur des rapports entre tuteur et mineur. Elle doit être exempte de toute contrainte et laisser intacte, chez chacun, la capacité de choisir et de refuser ».
La situation d’ingérence dans les affaires tchado-tchadiennes, la volonté de la France de vouloir décider pour nous sans notre avis et les soutiens aux régimes fantoches, nous font dire ici :
Que la vraie coopération franco-africaine doit prendre à bras le corps la lutte contre la pauvreté, pour que nous puissions avoir chez nous aussi des routes praticables en toutes saisons, des hôpitaux pour nous soigner des écoles pour éduquer et former nos enfants, bref, faire en sorte que des choses simples comme se loger, se nourrir et mettre son fils à l’école convenablement ne soient plus un rêve pour notre génération.
Que la gestion du pétrole sorte complètement de l’opacité actuelle pour ne pas faire de notre pays un éternel pourvoyeurs de devises des banques étrangères pour une minorité ethnique. C’est un immense scandale qui s’apparente à du vol. Nous demandons aux dirigeants français d’ouvrir simplement leurs yeux si longtemps fermés sur la réalité tchadienne.
Que les dirigeants politiques Français prennent garde avec l’armée française tirant à balles réelles ou lançant des missiles sur des éléments armés en mouvement vers NDjamena. Ce sera la source du prochain grand contentieux franco-tchadien.
Nous n’aimerions pas voir des contingents de rapatriés français fuyant encore le Tchad en perdant tous leurs biens devant la colère des peuples trahis par la France. Cette réalité risque de se répéter dans notre pays.

- Alwihda :

La crise tchadienne est extrêmement grave mais, elle est moins médiatisée que celle du Darfour. Comment qualifiez-vous l’attitude de la communauté internationale étant donné que vous connaissiez mieux les arcanes des organisations internationales?

- M.Haroun Zorrino :

C’est une escroquerie morale et matérielle vis-à-vis des peuples « civilisés » de l’occident.
- Premièrement, les politiciens véreux ayant comme chef de file la France, cherchent à disqualifier Al-béchir pour nettoyer le dernier bastion de l’islamisme en Afrique.
-Deuxièmement, les organisations humanitaires ayant épuisé leurs cartes de quémandeurs auprès des contribuables, ont trouvé un mobile qui leur permet de renflouer leur cagnotte.
-Troisièmement, les américains se sont juré d’arracher aux chinois, le pétrole du Darfour en connectant le pipe-line à celui de Komé. Et puis, n’oubliez pas la gomme arabique qui est la chasse gardée des américains et le Soudan est le premier producteur mondial !
-Quatrièmement, la France a comme rôle, la sous-traitance des USA dans la guerre froide, pour maintenir le Tchad dans la mouvance anti-communiste contre la Chine et aussi pour assurer la sécurité pétrolière dans tout le territoire national.

Chaque fois que l’armée française perd une voiture, les USA les indemnisent ; de plus ils fournissent à Komé de l’eau Evian et beaucoup d’autres choses.
Tout compte fait, EXXON la grande multinationale pétrolière mondiale exploitant les gisements de notre pays, n’a-t-elle pas comme dirigeant le vice président des USA ; la banque mondiale qui est officiellement le gérant du pétrole tchadien est sous tutelle des Nations Unies (alors que c’est une coopérative dont le plus gros actionnaire est les USA avec 16,41% de droit de vote) et les Nations Unies reçoivent le ¼ de leur subvention des USA. Imaginez que si les USA disent « Darfur », les autres aussi doivent le dire tout haut. Sinon ils ne reçoivent pas les frais de fonctionnement. Et dans tout ça, le Tchad ne compte pas car nous avons de toute notre vie, vécu comme des aveugles qui ne regardent que le bout du nez.

Aujourd’hui, tout le monde sait avec certitude que le problème du Darfour a pris ses origines du Tchad et une fois qu’on aura chassé Idriss DEBY, il s’arrêtera de lui-même. D’aucuns n’ignorent que depuis des années peut être des siècles, il existe des razzia dans les pays Sahéliens et surtout en plein Darfour. Ce peuple du Soudan est en perpétuel déplacement et à partir de la naissance du FROLINAT qui a pris ses fondements dans cette terre, la situation est restée instable. Des armes et minutions circulent aisément dans cette partie du territoire, j’ai vu personnellement des femmes les revendre sur la place du marché.

Le média est aussi une force de l’Occident. Certaines presses disent des choses à l’aveuglette. A mon retour de Hadjer Marfaïne en fin juillet 2006, j’ai promis à Mahamt Nour de revenir avec un collectif des journalistes. Mais évitant la vérité vraie, personne n’a daigné m’y accompagner. Je n’ai d’autant pas renoncé à la question et j’espère avoir la force d’amener avec moi quelques cameramen un jour.

- Alwihda:
Lors de sa dernière session, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a approuvé la résolution pour le déploiement des forces européennes au Tchad et en RCA. Tandis que les groupes armés tchadiens contestent et craignent que celles-ci viennent consolider le régime d’Idriss Deby. Quelle est la position officielle du MOSANAT ?

- M.Haroun Zorrino :
Le MOSANAT n’est pas d’accord non plus, c’est une forme de recolonisation du Tchad et de l’Afrique toute entière. Nous savons de toutes les façons que ce sont les forces françaises au Tchad qui viendraient à se transformer en force de l’ONU. Mais cette force qui va se constituer aura une mission spéciale. Elle ne dérèglera pas nos activités. Le droit International ne donne pas la latitude aux forces de maintien de la paix de nous toucher. Et puis, rappelez-vous qu’avec Hisseine HABRE, nous avions contourné et passé juste entre les forces de maintien de la paix de l’OUA. On leur a dit bonjour et on est monté sur NDjamena.

Aujourd’hui, la paix dépend de la justice et du respect que les forces françaises vont nous donner. La France ne peut pas continuer à faire plaisir à Idriss DEBY au détriment du peuple tchadien qui se nourrit déjà de dégoût et de ressentiment contre la France.

Et cela pour les seuls intérêts de la France dans un pays qui n’aspire qu’à être libre dans la diversification de ses choix, de ses amitiés et de sa coopération avec le reste du monde. C’est ce qui explique la difficulté présente d’un règlement durable de la crise de notre pays.
La France doit tirer les leçons des conséquences à long terme.
Nous savons qu’à l’ONU particulièrement, un cortège de pays clients votent à la suite de la France.

- Alwihda :Revenons un peu à la question du développement local au Tchad. En dépit d’énormes ressources naturelles et humaines dont elle regorge, la région du Guéra reste depuis longtemps défavorisée.
Comment expliquez-vous cette marginalisation méprisante à l’égard de cette localité ? Selon vous à qui la faute ?

- M.Haroun Zorrino :
C’est une tragédie qui fut un immense choc pour les hadjaraï depuis les jacqueries paysannes de Mangalmé. Depuis lors, un immense fossé s’est creusé entre les autres populations tchadiennes et celles du Guéra. Personne n’a condamné officiellement les massacres perpétrés depuis Tombalbaye à nos jours sur des paisibles citoyens. Mais des villages ont été rasés, débarrassés de leurs jeunesses et complètement raillés de la carte du Tchad. Ensuite, ce fut le tour de Habré et son gouvernement puis, récemment Idriss Deby le 13 octobre 1991.

Depuis lors, les populations du Guéra n’ont même pas droit à la liberté de cultiver leur champ. Leur simple sortie en dehors du village vaut le soutien à des frères en guerre contre le gouvernement. Mieux encore en tant que chefs des gouvernements appuyés par des hadjaraï, aucun de l’après guerre, n’avait même pas daigné déclarer le Guéra zone sinistrée qui pouvait recevoir une réhabilitation.
Le cynisme de tels comportements devant une telle tragédie, renforça le camp des hadjaraï sceptiques qui doutaient de la sincérité des promesses hautaines faites par des chefs de guerre.

La tragédie du Guéra fut une grande désillusion pour les populations hadjaraï, une blessure au cœur de tous les anciens maquisards qui continuent à reprocher à tous les dirigeants des mouvements d’opposition de tenir des doubles langages, du cynisme et de l’ingratitude.
Les massacres à la chaîne ont soulevé des vagues d’indignation dans toutes les familles hadjaraï.
En définitive les hadjaraï d’aujourd’hui n’ont aucune considération pour les hommes politiques, qui ont érigé le massacre des populations civiles comme moyen de perpétuer l’honneur reçu en politique.

Permettez-nous de rendre hommage à nos parents du milieu rural !

Nos origines paysannes nous autorisent à vous dire ici que nos parents ont donné la preuve de leur foi dans la construction nationale.

Pendant longtemps rien n’a pu décourager leur ardeur dans le travail au service de la patrie, rien, ni les calamités naturelles, ni les carences des gouvernements médiocres et corrompus issus du FROLINAT, plus préoccupés par les détournements des fonds que d’œuvrer de manière conséquente pour le progrès économique et social de nos masses laborieuses.

Mais à présent, la coupe est pleine, c’en est trop, l’enthousiasme des ouvriers, des paysans des cadres s’émousse un peu partout dans le Guéra à un rythme inquiétant, cédant la place à la rancœur, au découragement. Le peuple se sent trahi, frustré des droits pour lesquels il s’est héroïquement battu, spolié dans ses richesses et bafoué dans sa dignité.
Voilà pourquoi dans nos villages, le peuple veut que cela change.


- Alwihda:
Vous êtes un ami personnel du défunt Saleh Gaba, journaliste éminent Tchadien travaillant à l’Agence France Presse (AFP), qui a disparu lors des arrestations massives en 1987 des cadres politiques et militaires du Guéra.
Quel souvenir gardez-vous de lui et de plusieurs autres victimes ? Êtes-vous aujourd’hui animé d’esprit de tolérance, de vengeance ou bien réclamez-vous que justice soit faite ?

- M.Haroun Zorrino :

Saleh GABA était un grand homme parmi les hommes intègres de ce pays. Il souhaitait une révolution qui transformerait le Tchad en un pays de luxe. Hélas ! Sa lutte s’est arrêtée très tôt.
Son arrestation ne fut même pas l’œuvre d’un gourane ; c’est plutôt un sudiste qui l’a appréhendé à Mongo même. Beaucoup d’autres parents et connaissances ont été tués. Pour répondre à votre question, je suis musulman dont l’islam teinté d’animisme, ai acquis une éducation de base qui me permet une tolérance et le pardon à ceux qui m’ont fait de mal. A dire vrai, je confie totalement à Dieu, le règlement de cette affaire.

Nous avons ainsi eu droit à des massacres, à de la chasse aux sorcières, à des interpellations. Alors que nos populations crèvent de faim et de soif, certains frères frappés par l’amnésie, la cécité politique et l’infertilité morale, semblent être plus préoccupés par ce qu’ils reçoivent. Au lieu de se préoccuper du bien - être de nos populations qui végètent aujourd’hui encore dans la crasse, la pauvreté et la maladie, dans des villages sans eau ni électricité.

Le Guéra souffre de la nocivité des gouvernants issus de la rébellion et de ses séquelles, c’est pourquoi en ce qui nous concerne, nous refuserons toujours d’être les tchadiens de service, ceux qu’on utilise comme des paravents pour faire croire que tout va bien.
Ceux qui dans les temps obscurs et ans la période douloureuse de la DDS, servaient d’indicateurs du régime criminel. Ceux-là même qu’on utilise aujourd’hui encore contre nous pour mieux nous endormir.

- Alwihda:
Ce dernier temps, une série d’accords de paix ont été signés ici et là entre le pouvoir d’Idriss Deby, la Coordination des Partis Politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) à Ndjaména, les mouvements armés de l’est à Tripoli, les leaders de l’opposition en exil à Cotonou. Croyez-vous réellement au respect de ces accords par le régime de Ndjaména ? Surtout avec le rebondissement de l’affaire Mahamat Nour Abdelkerim, actuel ministre de la défense et leader du Fuc.

- M.Haroun Zorrino :

A dire vrai, aucun accord ne peut être respecté par Idriss DEBY et tous les leaders des organisations armées le savent. Mais la division au sein des politico-militaires permet aux opportunistes d’engager les hommes de troupes par leur signature afin de trouver un intérêt.

Tous ceux qui ont pris les armes et qui ont un idéal, doivent savoir que Deby s’est investi en Président à vie. Il est juste prêt à partager l’argent du pétrole mais rien d’autre.

Mahamat Nour est aujourd’hui milliardaire. Pour réussir, tous les chefs militaires doivent sacrifier leur ambition personnelle et confier à un individu, l’aboutissement d’une transition démocratique et politique. Et je crois beaucoup que le gouvernement de Ndjamena n’aura pas six mois pour ranger ses affaires.

- Alwihda:
Les observateurs nationaux et internationaux de la vie politique tchadienne sont unanimes que la paix dans ce pays exige un dialogue politique inclusif qui n’est pas du goût du régime en place.
Que-pensez-vous au niveau du MOSANAT pour décongestionner l’atmosphère politique totalement bloquée au Tchad ?

- M.Haroun Zorrino :
Nous sommes partis vers les autres en messagers de l’unité, de regroupement dans un esprit d’équipe. Nous souhaiterions beaucoup qu’un jour, tous les chefs politico-militaires se parlent pour l’installation d’un gouvernement d’union transitoire dirigé par un individu désigné et plébiscité par tous. Nous disons sans sourciller que notre philosophie politique dont le principe repose sur la collégialité exige un certain respect et la solidarité. C’est notre pays qui en sortira grandi. Un seul mouvement de résistance patriotique se caractérisant par - l’unité, le rassemblement et la résistance contre la dictature renversera en six mois le gouvernement.

- Alwihda:
L’opinion publique et la classe politique tchadienne estiment que le régime a montré ses limites et qu’il est urgent que le changement politique intervienne dans le pays. Qu’est-ce qui bloque la marche vers Ndjamena de vos troupes et celles des autres coalitions armées de l’est ?
Que dites-vous de ce changement ? Doit-il venir des forces politiques de l’intérieur ou bien de l’option militaire que vous avez engagée contre le pouvoir d’Idriss Deby ?

- M.Haroun Zorrino :
Il y a une seule alternative, la marche sur NDjamena à partir de l’extérieur. Nous devons aussi tombés d’accord pour affirmer que, trouver de solutions par la voie des armes pour notre pays exige, le règlement des conflits qui agitent les différents groupes qui combattent pour ce pays. Aussi, doit-on convenir de prendre toutes les mesures susceptibles d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, à savoir :
1.le recours à la négociation générale, seule voie raisonnable et efficace pour accéder au regroupement.
2.Le rassemblement autour de toutes les parties impliquées dans les conflits qui sont sur le terrain.
3. L’unification de toutes les forces combattantes sous un seul commandement.
4. La mise en commun des ressources humaines, matérielles en vue d’intensifier les combats.
5. La mise en place d’une commission politique pour coordonner les activités sur le terrain. Cette commission provisoire va oeuvrer en faveur du renforcement de la force unifiée, de la cohésion en son sein et de l'unité d’action des mouvements armés.

6.La création d’une cellule de coordination politique ayant pour mission d'entreprendre de consultations et réunir les oppositions armées dans un bref délai, en vue de la formation d'un front uni dont les objectifs seront clairement définis.
7. Cette unification est ouverte à tous les mouvements politico-militaires.
Nous lançons un appel pressant aux parties en présence afin d’œuvrer politiquement et matériellement en faveur d’un règlement définitif du problème et consolider la paix au Tchad et dans la sous région.
Toute manœuvre visant à s’imposer comme futur président ne sert qu’à maintenir le statu quo d’une situation de blocage.
A mon avis, un changement ne peut jamais intervenir de l’intérieur, c’est clair, tout le monde cherche à partager les royalties avec Deby.

-Alwihda:
Que comptez-vous faire dans l’immédiat au cas où vous parviendriez à renverser le pouvoir d’Idriss Deby ? Avez-vous un projet de société pour le peuple tchadien abusé ?

- M.Haroun Zorrino :
Toutes les parties en présence ont un petit projet de société quel qu’il soit. Le MOSANAT aussi en a un. Mais croyez-moi, le Tchad est en entier malade, un malade qui mérite une opération chirurgicale. Toutes ses cellules sont cancérigènes. La personne qui sera désignée à la tête du gouvernement transitoire restera à son chevet pendant la transition en compagnie de son équipe. Puis, démocratiquement, un autre puis un autre et en tâtonnant, le pays verra le chemin de son développement s’ouvrir. C’est peut être un rêve.

- Alwihda:
Avez-vous tiré les leçons du passé pour éviter au MOSANAT les échecs antérieurs d’autant plus que les gens ne cessent de vous assimiler en des faiseurs des rois ? Ou bien cette fois-ci c’est la bonne ? Pour une nouvelle fois vous êtes mis devant vos responsabilités et sur orbite de l’opinion publique tchadienne et internationale.

-M.Haroun Zorrino :

Il est vrai que depuis des années, nos actes sont traduits en atteinte à la dignité humaine du tchadien. Nous avons contribué des années durant à amener au pouvoir, des individus qui se sont par la suite illustrés à piller le pays et à semer l’injustice sociale dans les profondes couches de la société tchadienne. Il est vrai que nous avions fait école en luttant pour les uns et les autres en évitant nous-mêmes de prendre le pouvoir. Mais sachez que ce n’est pas facile de prendre le pouvoir sans se préparer ; de plus, c’est aussi notre façon de faire une démocratie. Notre modestie nous enseigne qu’il faut bien se sacrifier pour son pays et au-delà pour les autres.

- Alwihda:
Quel est votre dernier mot au peuple tchadien ?

- M.Haroun Zorrino :

Dans la perspective d’une unification, les responsables de MOSANAT réaffirment leur disponibilité et leur volonté :
- de mettre en commun au profit des organisations armées, tous les moyens humains et matériels
- de marquer leur disponibilité d’être attentifs et à l’écoute des réponses aux diverses propositions corroborant leurs objectifs, qu’elles viennent de l’intérieur, de pays étrangers ou d’organisations nationales et internationales.

Dans un souci d’efficacité, je lance un appel à l’ensemble des partis politiques tchadiens et à toutes les formations politico-militaires qui partagent nos préoccupations, afin de mieux coordonner nos actions pour mieux répondre à la situation dramatique qui prévaut au Tchad, au Darfour et en République centrafricaine. Le rétablissement de la paix sur l’ensemble des pays de cette sous-région s’impose comme une urgence. Et convaincus que le peuple Tchadien n’a plus d’autre alternative que de redescendre dans l’arène pour reconquérir sa liberté confisquée.

Je lance enfin un vibrant appel à tous les Tchadiens qui aspirent à la dignité, à la concorde nationale et à la démocratie de rejoindre massivement les rangs de nos troupes afin d’en finir définitivement avec ces régimes claniques et dictatoriaux qui font honte à l’humanité tout entière et de rendre le Tchad au peuple Tchadien trop longtemps martyrisé.


- Alwihda:
Merci M.Zorrino et bonne chance !

- M.Haroun Zorrino :

Tout le plaisir est à moi Mr NGUEBLA et je vous remercie à mon tour.

Interwiew réalisée
Par Makaila Nguebla,
Directeur Général
d’Alwihda info

Dans une interview accordée a notre  site, Monsieur Néné EHEMIR TORNA
membre du Front Uni pour le Changement Démocratique, revient sur les évènements d’Avril 2006 et la
dissension au sein du FUCD .

L’intègre : Monsieur Néné EHEMIR TORNA bonjour,
Vous occupez le poste de chargé aux relations extérieures de l’Alliance des Démocrates Résistants une des composantes du Front Uni pour le Changement Démocratique qu’est ce qui se passe au sein
de votre structure le FUC ?


N.E.T : Pour vous répondre aussi brutalement à cette question délicate, il s’agit d’une dissidence suivi d’un déficit de communication de part et d’autres.

L’intègre : Est ce que le FUCD est dissout ?

N.E.T : Juridiquement le FUCD ne peut pas être dissout par le désir d’une de ses composantes moins encore
d’un de ses membres. Sachez que le FUCD est né suite à un consensus entre plusieurs mouvements et
organisations comme c’est notre cas par le FIDEL de mettre en commun nos moyens de lutte. De là si on devraient dissoudre le FUCD, il va falloir réunir tous les membres signataires, leurs soumettre les mobiles idéologiques et dogmatiques qui font qu’on ne peut plus continuer à lutter ensemble et à partir de cette analyse chacun des mouvements entérinera la fin de l’union, ce qui ne fut pas le cas.

L’intègre : Ce que vous décrivez comme une dissidence d‘une des composantes, qu’en est-il actuellement?

N.E.T : Actuellement la question de la dissidence est résolu et les choses rentrent progressivement dans
l’ordre.

L’intègre : Ce qui veut dire?


N.E.T : Ce qui veut dire que les instances politiques et militaires du FUCD ont pris acte du retrait d’un
des leurs. Cela ne veut pas dire que c’est un mouvement signataire de la plate forme du FUCD qui
s’est retiré, mais plutôt un groupe animé par ceux dont vous avez certainement constater les hérésies
juridiques au sujet de la pseudo dissolution.

L’intègre : Donc le FUCD demeure en activité ?


N.E.T : Incontestablement ! Ce qui est arrivé n’est pas une nouveauté politique ou un fait propre au FUCD
dans la vie politique il peut y avoir des moments de flottement.

L’intègre :Alors pourquoi tout cet emballement médiatique à coup de communiqués ?

N.E.T : Les termes des communiques publiés sur les sites Internet ont été pour la plupart nier ou
interpréter autrement par les soit disant auteurs ! Ce qui nous laissent croire qu’ils ont été l’objet de
diverses manipulations non pas par ceux qui les ont publié, mais par ceux qui les ont rédigé.

L’intègre : Est ce que cette dissidence a affecté votre détermination et celle de vos combattants à
renverser le régime Déby ?

N.E.T : Je tiens à vous rassurer que notre détermination est intacte ! Ce qui ne veut pas dire que nous sommes des extrémistes en sachant que le FUCD a laissé porte ouverte à la recherche d’une solution politique à la crise, ce qui nous fera bien entendu l’économie d’une guerre. Reste à savoir si nos adversaires sont disposés à lâcher du lest en acceptant la main tendu de l’opposition en général.

L’intègre : Vous parlez de solution politique à la crise, est ce que sa signifie que l’option d’un accord politique avec le régime Déby est possible?


N.E.T: A l’issu d’un forum national, la seule solution politique possible est bien entendu le retrait de DEBY du pouvoir, la mise sur pied d’un gouvernement de transition avec tous les acteurs politiques de l‘intérieur et ceux qui sont en exils, réglé la question épineuse de la réorganisation des forces armées et de sécurités et aussi jeter les bases d‘une réflexion sur la forme institutionnelle qui puisse être compatible avec notre pays dans toute ses
diversités culturelles, ethniques etc..

L’intègre : Qui a attaqué la localité d’Adé le 03 juillet dernier ?

N.E.T : Je crois que vous avez lu et entendu les communiqués venant des deux camps, Alors faite vous une opinion ! En faite, il s’agit de l’aile dissidente et leurs alliés de circonstance.

L’intègre : N’avez-vous pas participé aux opérations ?

N.E.T : Aucunement !

L’intègre : Pourquoi ?


N.E.T : Comme je vous l’avait dit c’est l’aile dissidente qui avait attaqué, donc nous on ne voit pas comment on pourrait être appeler a intervenir dans une bataille ou on n’a pas été associé à la réunion d’état major préalable à une attaque.

L’intègre : Depuis les combats d’avril, on ne vous entend plus du moins votre aile; est ce que le FUCD est affaibli militaire?


N.E.T : Rire…déjà en mars tous le monde croyait que le FUCD était incapable d’apporter une quelconque contradiction sur le terrain, nous avons prouvé le contraire en avril; même si c’était un échec sur un plan militaire, c’est une victoire sur un plan politique. Pour l’instant, on tirent les enseignements de l’échec militaire d‘avril, attendons les réponses de la communauté internationale par rapport à la recherche d’une solution politique sans exclusive. De là s’il n’y a aucune solution possible, le recours à la lutte sera légitime.

L’intègre : En Avril, l’armée française avait intervenue pour vous repousser, est ce que vous ne craignez pas que cela puisse se rééditer ?


N.E.T : A mon avis la France n’avait pas seulement intervenue pour sauver le régime DEBY , ce qu’il faut savoir, dans chaque partie du monde ou il y a des troubles les garantis locales ne suffisent pas pour rassurer les investisseurs étrangers ! De ce fait, l’armée française particulièrement depuis l’ère pétrolière est aussi garante des intérêts étrangers au Tchad, elle joue le rôle du vigile. L’intervention militaire courant mars-avril peut s’expliquer en partie par cet élément. Il faudra qu’on y œuvre en conséquence pour apporter les assurances que ce conflit tchado- tchadien n’affectera en rien les intérêts étrangers comme ceux de nos compatriotes.

L’intègre : La rédaction de http://www.lintegre.com vous remercie

N.E.T : C’est moi qui vous remercie et vous souhaite bonne continuation.

INTERVIEW DE MONSIEUR YOUNOUS IBEDOU AWAD, PRESIDENT DE L'ADR

Question- Mr.Younous Ibédou Awad quand et pourquoi avez-vous quitte le Tchad ?

Réponse- Tout d’abord, je voudrais vous remercier pour cette occasion que vous me donnez afin d’aborder un certain nombre de sujets importants d’actualité. Il est également utile de préciser que je parle en tant que membre du FUCD.J’ai quitté N’Djaména 2 mois après ma sortie de prison ou j’ai passé injustement 7 mois et 15 jours sans jugement. Le 22 Septembre 1997 exactement, j’ai traversé le Chari un matin pour kousseri et 3 jours plus tard je suis arrivé au Bénin.Pourquoi ? J’ai compris très tôt que Déby n’avait rien à donner au Tchad. Celui qui n’a rien ni dans la tête ni dans le cœur ne peut donner. Ce n’est donc pas par hasard que je me suis retrouvé et me trouve toujours dans l’opposition. Il m’était difficile de nier mes ambitions pour le Tchad en collaborant avec ce régime grossièrement néfaste ou de lui accorder ma caution en continuant à travailler sous son règne et voir mon pays tomber en déliquescence au jour le jour.

Question- Vous venez de mentionner votre séjour en prison, que s’est-il passé exactement ?

Réponse- Après le Gouvernement de la Conférence Nationale Souveraine preside par le Premier Ministre Fidel Mongar duquel quelques membres indésirables comme moi on été éjectés, j’ai été nomme comme  coordonnateur de la Cellule BAD 3 des Projets-éducation. Entre temps, une commission d’enquête du CST se mettait en place pour chercher des boucs émissaires au scandale des projets FED-education dont quelques millards ont disparus dans les poches sans fond de Déby. La politique a très vite eu raison de la logique : malgré la différence de bailleurs de fonds, les coupables ont été découverts au projets Education finances par la Banque Africaine de Developpement BAD. C’est ainsi que toute l’equipe qui gérait ces projets s’est retrouvée en prison y compris moi qui venais juste d’arriver dans la Cellule 3, au cours de sa dernière phase d’exécution. Malheureusement pour les comploteurs cette solution, combien boiteuse, ne pouvait tromper la vigilance des bailleurs de fonds. La BAD a écrit dénonçant l’acte unilatéral du Tchad contraire aux pratiques de gestion de ses projets et demandant notre libération et réhabilitation. Apres 7 mois et 15 jours de tergiversations, nous avons été priés de rentrer chez nous « sans autre forme de procès ». Le régime MPS a voulu me faire passer pour un détourneur de fonds publics mais les tchadiens savent que, sous Déby, les vrais coupables de tels actes ne sont jamais jetés en prison. Ils sont plutôt promus.

Question- ADR c’est quoi ?

Réponse - Ce sigle veut dire « Alliance des Démocrates Résistants ». C’est une fusion de 3 mouvements : le Sentier Démocratique Tchadien que je présidais, le Mouvement National et Social Tchadien de Mahamat Saleh Alim, le Mouvement Populaire Révolutionnaire Tchadien de Idris Seif et le Groupe militaire du Colonel Bichara Moussa. C’était en 2000 à Cotonou au Bénin. L’ADR est donc un mouvement politico-militaire de naissance et non seulement une mutation conjonctioncturelle d’hommes politiques imposée par les nécessités de la lutte de libération. Que ceux qui veulent avoir plus de précision sur l’ADR, consultent le site www.lintegre.com .

Question- L’ADR est-elle membre de la CDDC ou du FUDC ?

Réponse- Nous sommes dans les deux a la fois. Ceci répond aux exigences de la politique que nous avons poursuivies dès le départ dans le but de donner satisfaction aux deux courants du mouvement. Lorsque notre aile politique s’est impliquée dans la création de la CDDC, un cadre de concertation et d’actions politiques contre la dictature Debyste, l’ADR y a pesé de tout son poids sans condition pour la réalisation de cet outil de travail. Sous l’impulsion de notre branche militaire, l’Alliance ADR-UPTRN a vu le jour sur le terrain. Ensuite grâce au courage du coordonnateur de l’Alliance au terrain, Hissein Ahmat AL-Hadj, FIDEL a été concu pour caoliser une demi douzaine de mouvements amis qui évoluaient dans l’Est du Tchad.

Question- Mr. Younous Ibédou Awad, ce point mérite clarification. Est-ce que c’est FIDEL qui est dans l’Alliance ADR-UPTRN ou vice versa ? Quelle est la relation avec le FUCD ?

Réponse- C’est bien l’Alliance ADR-UPTRN qui est dans FIDEL. Et comme tout le monde le sait FIDEL est membre fondateur du FUCD.

Question- Et le FUCD, est-ce une fusion ou une coalition de mouvements ?

Réponse- le texte créant le FUCD est claire la-dessus. C’est une fusion de mouvements qui automatiquement perdent leur antité. Donc théoriquement les organisations fondatrices sont dissoutes dès lors qu’elles signent l’acte de naissance du FUCD. Dans la pratique le FUCD est comme un boa qui a eu le culot d’avaler plusieurs antilopes a la fois : les difficultés de digestion sont tout naturellement manifestes. Cependant ces problèmes sont plutot l’expression des différentes sensibilités politiques qui s’exercent au sein d’une organisation qui se veut démocratique. Nous devons non seulement tolérer nos divergences mais aussi savoir les gérer si nous voulons offrir une alternative crédible à l’incurie despotique de Déby. Les forces armées du FUCD, bras armé du peuple, quant à elles, sont solidement soudées et prêtes à relever le défi.

Question- Il n’y a pas que de problèmes structurels au FUCD. La critique se porte souvent sur la question de gestion quelque peu familiale du mouvement et du manque de projet de société cohérent, qu’en dites-vous ?

Réponse- En ce qui concerne le premier point,voyez-vous, une entreprise commence toujours à l’initiative d’un individu ou d’un groupe d‘individus avec des moyens de bord. Ensuite elle grandit, s’élargit pour concerner des dizaines, des centaines voire des milliers de cadres de tous les niveaux et être à même de contracter et gérer des engagements extérieurs importants. Le FUCD est à ses débuts et je suis convaincu qu’il saura créer la fondation nécessaire capable de supporter les exigences qualitatives et quantitatives d’une expension de grande ampleur. En d’autres termes, le noyau actuel doit être capable d’absorber, en toute sportivité et dévouement à la cause du Tchad, toute ressource humaine désireuse d’apporter sa contribution au combat de libération. Le Tchad de demain devra opposer à la gestion tribaliste anachronique et moribonde une gouvernance transparente, de « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », éclairée par la connaissance scientifique. Mr.Mahamat Nour, soldat de son état a fait de son mieux, gràce à ses propres relations, pour équiper une armée capable de sortir le Tchad de son calvaire. Le Tchad lui sera infiniment reconnaissant si les cirsconstances font qu’il émerge tel un Mandela ou un ATT. Malgré les écueils lourds du passé récent, il n’est pas exclu que le Tchad recèle de ce genre d’enfants prodiges.
Pour ce qui est du second point, j’estime que ceux qui demandent à ce que le FUCD ait un programme de société ne perçoivent pas ou réside le danger pour notre pays hier comme demain.Il est imprudent voire malsain pour la réalisation de nos objectifs de rélle démocratie au Tchad qu’un mouvement de libération comme le FUCD se pose en parti politique dès à présent. En cas de victoire le jeu démocratique n’est-il pas déjà faussé ? En tout cas, nous avons le devoir d’éviter à notre pays les erreurs commises par les pseudos libérateurs dans le passé. Le FUDC combat la dictature Débyne pour instaurer une démocratie véritable et non confisquer le pouvoir du peuple. Pour cela nous devons mettre les garde-fous dès maintenant. Tout ce que notre organisation doit avoir à ce stade est un programme d’action claire couvrant la période allant de la fin de la dictature aux élections générales locales et nationales. Le reste sera décidé, négocié, le moment venu.


Question- Etes-vous un adepte du système fédéral au Tchad ?

Réponse- je suis un démocrate avant tout et si la démocratie veut dire pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple, alors il est temps qu’au Tchad aussi on remette le pouvoir à son légitime dépositaire. Cela ne peut se faire que par une totale décentralisation et séparation des pouvoirs républicains, c’est à dire en cassant le système Jacobin hérité de la colonisation. Ce système fortement centralisé et oppresseur était destiné à maitriser et dominer les peuples africains afin qu’il soient maléables et corvéables à volonté. Il n’était certainement pas conçu pour respecter leurs diversités culturelles et gérer leurs sensibilités. D’ailleurs, celles-ci étaient tout simplement niées, foulées au pied.

Après les indépendances, les Africains continuent, par égoïsme surtout, avec ce système qui du coup les prédispose aux manigances des forces étrangères et à l’oppression contre leurs peuples. Il nous faut donc urgemment nous débarrasser de ce système vecteur de l’arbitraire sur le pouvoir du peuple en décentralisant sans centraliser (ou créer de goulots d’étranglement quelque part). Il nous faut opérer une décentralisation évolutive, tournée vers l’avenir et qui remette de réels pouvoirs de décision au peuple jusqu’au niveau du plus petit village.

Si la fédération se traduit par un système de gouvernance décentralisée tel que je viens de décrire, alors ma réponse à votre question est oui. Je réponds non, si elle aboutit à une décentralisation bipolaire (Nord et Sud) avec/ou une centralisation des pouvoirs au niveau provincial (ou régional). Alors les efforts consentis pour cette opération auront été vains car les mêmes difficultés connues à l’échelle nationale centralisée se reproduiront dans ces nouveaux centres de décision centralisés provinciaux (ou régionaux). Non, il ne devra plus y avoir de nœud à problèmes, nous devons aller jusqu’au bout de la logique de remise du pouvoir au peuple tchadien. Cela n’exclu pas que la décentralisation totale voulue comporte des étapes bien harmonisées avec les contours évolutifs et futuristes qui soutendent le projet dans son ensemble.

Question- Mais ne pensez-vous pas que la décentralisation nécessite beaucoup de moyens ?

Réponse- Oui la question des moyens est l’une des raisons que l’on évoque pour nous rabattre les oreilles et nous contraindre à avancer dans le sentier Jacobin devenu hélas trop étroit, insupportable. Mais il ne fait aucun doute qu’au Tchad d’aujourd’hui, les avantages de la décentralisation et de la déconcentration administrative vont être considérables. Prenons par exemple la question de l’emploi : l’état est pratiquement le seul employeur (d’ailleurs depuis quelques années il ne recrute plus ou le fait par voies détournées), et c’est l’occasion de créer beaucoup d’emplois et de redonner d’amblé espoir à notre jeunesse désoeuvrée, laissée à elle-même bien qu’elle se soit battue pour décrocher le Bac ou se tailler une profession.
Economiquement, la décentralisation créerait plusieurs pôles de développement ou les énergies ainsi galvanisées génèreraient plus d’initiatives privées et aiguiseraient la compétition localement et entre les régions. Bref, le pays tout entier sera en chantier…
Au point de vue politique, notre pays deviendra à la longue une hydre à plusieurs têtes que l’on ne saura par où saisir pour manipuler ou torturer comme c’est le cas aujourd’hui.
Financièrement enfin, le Tchad est mieux placé à présent, bien plus qu’il ne l’a été dans le passé, pour aborder cette question primordiale à la paix et à son développement posément, et en toute lucidité.

Question- Mr. Younous I. Awad, votre dernier mot?

Réponse- Je profite de cette occasion pour lancer un appel pressant à tous les cadres, aux hommes politiques tchadiens et aux politico-militaires de se joindre à nous afin de créer un véritable creuset national démocratique susceptible d’assener le coup de grâce au régime despotique et poser notre cher patrie sur les rails d’une paix véritable, du développement et de la prospérité. A la fois unie autour d’un programme d’action minimun et diverse dans ses approches et ambitions pour notre patrie, l’opposition plurielle devra être en mesure sécuriser une démocratie apaisée et une prospérité durable au Tchad. Merci

 

            

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